Projet “Coprod” : bilan et capitalisation

L’Association des Enseignants des Sciences de la Vie et de la Terre au Maroc (AESVT Maroc) a organisé les 21 et 22 janvier 2019 à Casablanca les journées de capitalisation du projet Coproduction de la propreté

Lors de la cérémonie d’ouverture, les intervenants, à savoir les responsables et représentants de la fondation drosos, le ministère de l’industrie, le secrétariat d’État chargé du Développement durable, la région de Casa-Settat, l’AMCDD et L’OPEMHT ont été unanimes sur l’importance de ce projet national. En effet, la problématique de gestion des déchets apparaît être un défi stratégique pour nos territoires et notre pays de par ses impacts sur la qualité de la vie des citoyens et ses enjeux économiques, financiers, sociaux et environnementaux.

Le projet a été salué par tous pour sa démarche basée sur la coopération, la mise en place d’outils de convergence, des interventions aux niveaux local, territorial et national et des actions de terrain, avec la réussite de l’instauration du tri à la source. Ce projet ne s’est pas contenté d’agir uniquement sur le volet technique, il a également mis l’accent sur les volets comportemental et culturel, grâce à des approches impact et approches quartier innovantes et adaptées au contexte marocain qui ont démontré leur succès.

Ce projet a également montré sa capacité de mobilisation en impliquant les populations et les acteurs étatiques et non étatiques par l’éducation, le développement d’actions concrètes de terrain ou encore par le dialogue entre les différentes parties-prenantes. Le projet s’est vu prolongé par d’autres programmes de mobilisation, communication, d’analyses de la loi28-00 du PNDM et des cahiers des charges pour se positionner en tant que force de proposition avec plusieurs acteurs et partenaires associatifs.

Afin de relever les défis croissants en matière d’environnement, en particulier ceux liés à la gestion des déchets, ce projet a plaidé pour la mise en place d’un autre modèle de gestion de ce secteur qui ne se limite pas seulement à l’organisation de campagnes désensibilisation saisonnières ou d’activités principalement basées sur l’aspect technique, mais qui implique également les universités, la société civile, le secteur privé et les ministères concernés.

Des remerciements sincères ont été exprimés à l’égard du SEDD et les autres membres des comités de pilotages, les syndics et ONG locales, la COVAD, l’OPEMHT, et nous avons surtout exprimé notre reconnaissance envers notre partenaire drosos pour son appui technique et financier, les volontaires des différentes sections de l’AESVT-Maroc comme acteurs de changement, le bureau national et son équipe technique.

Les personnalités ayant pris la parole ont toutes félicité l’AESVT-Maroc pour les efforts déployés durant ce projet en matière de développement de la conscience environnementale, de protection de l’environnement et de développement durable. Ils ont par ailleurs remercié l’association d’avoir réuni toutes les parties prenantes du secteur de la gestion des déchets qui aura permis le partage, l’échange et la formulation de recommandations.

Pour le bilan du projet Coproduction de la propreté réalisé dans 76 quartiers et 119 établissements scolaires répartis sur 22 villes, le directeur de l’AESVT-Maroc s’est exprimé sur les défis rencontrés tout au long du projet ainsi que sur les enseignements appris en termes d’approche, de processus et de pistes de durabilité.

Le projet a permis de développer des propositions et des recommandations pour soutenir les grands efforts entrepris ces dernières années pour asseoir le modèle de gestion des déchets ménagers et assimilés en vue d’une hausse de la création d’emplois verts, de la valorisation matière et énergétique des déchets et d’une réduction maximale du taux d’enfouissement. L’association a par ailleurs présenté les approches lui ayant permis d’instaurer la chaîne de tri à la source et la valorisation des déchets ménagers au niveau des quartiers, approches basées sur l’implication et la participation des populations, des organisations de la société civile et des institutions de socialisation.

Ce plaidoyer de l’AESVT-MAROC pour le passage du modèle de gestion des déchets actuel du « tout en décharge » à un nouveau modèle, qui promeut l’abandon de solutions coûteuses et non durables telle que l’incinération par de nouvelles unités, a été soutenu lors de la présentation des expériences française et canadienne. Les interventions de Mme Collette Tardif, vice-présidente de Planèt-ERE, sur la ville canadienne Vicoria, et de Charles Boulland, président des Centres Permanents d’Initiative pour l’Environnement(CPIE), sur le système français de gouvernance des déchets qui se veut innovant et opérationnel, ont soutenu l’adoption de ce nouveau modèle. Ces expériences ont été riches en enseignements pour nos communes et nos départements, où les financements et les actions de communication et d’éducation sont presque absentes ou inefficaces. C’est l’importance de ces actions que le projet a défendue en les définissant comme les clés principales et secondaires au Maroc et dans tous les pays pour régler la problématique de gestion des déchets.

La première journée de l’événement s’est poursuivie par la présentation des actions de mobilisation nationales pour un nouveau modèle de gestion des déchets ainsi qu’un projet d’analyse de la loi 28.00, du PNDM et des cahiers des charges des villes de Casablanca, Fès et Tanger. Projet mené par la section Fès de l’AESVT-Maroc. La deuxième journée a été, quant à elle, consacrée à la présentation d’expériences concrètes du projet Coproduction de la propreté au niveau d’un quartier, d’une école et d’une entreprise impliqués dans le projet. Elle fut suivie par la réalisation de trois ateliers d’échanges sur les méthodes de tri à la source, la valorisation énergétique des déchets et les conditions de sa mise en place effective au Maroc, dont les principales recommandations ont été :

    • Co-construire une nouvelle vision partagée et adopter une stratégie nationale concertée et adaptée au contexte marocain pour un nouveau modèle de gestion des déchets au Maroc. Modèle de gestion intégrant les meilleurs procédés de valorisation matière et énergétique des déchets, en tenant compte de leur impact sur l’environnement et ses équilibres vulnérables et en se référant aux principes et objectifs du développement durable
    • Revoir la loi 28.00, le PNDM et les cahiers de charges dans le cadre de concertations ouvertes avec la société civile, de façon périodique et ponctuelle pour les rendre contraignants et assurer une meilleure gouvernance, et veiller à leur application effective et rigoureuse, tout en précisant les responsabilités et mettre en place un système de suivi évaluation continu à tous les niveaux
    • Mettre en place une agence de gestion des déchets pour optimiser l’utilisation des ressources financières et le capital expertise
    • Mettre en place en parallèle un mécanisme progressif d’instauration de la chaîne de valorisation matière et énergique des déchets, avec des outils réglementaires, des incitations fiscales et des actions de communication et sensibilisation orientés impact, en plus des solutions techniques qui demeurent actuellement la seule réponse des élus
    • Créer un écosystème économique et industriel favorable au développement d’un tissu entrepreneurial citoyen dans la valorisation des déchets Eco conception (Traitement des matériaux à l’origine, lors de la conception). Et encouragement des investissements (PME, START up …) et création de métiers verts contribuant à la résorption du chômage
    • Éviter les technologies inadaptées au contexte national et les solutions techniques coûteuses et non-durables tel que l’incinération à Casablanca, et innover en renforçant et encourageant la recherche scientifique à tous les niveaux
    • Opter pour des procédés de valorisation énergétique, traitement mécanique et biologique, méthanisation et autres ayant le moindre impact sur l’environnement sur la base d’études d’impact fiables et rigoureuses. Et trouver des demandeurs (Industries énergivores) capables de trouver les meilleurs débouchés valables aux déchets avec le moindre impact
    • Développer une véritable stratégie de communication, d’encadrement et d’éducation et lui allouer les moyens humains et financiers nécessaires. Une stratégie faisant de l’éducation des générations futures, de la communication, de la formation, de l’accompagnement des citoyens et du plaidoyer, en collaboration étroite avec les ONG et les Médias, un levier essentiel de transition, de changement et de mise en place de nouvelles valeurs et éco gestes émanant de notre patrimoine culturel riche en ce domaine
    • Faire face à la pression exercée ouvertement ou implicitement par les Lobbys des déchets par une législation bien adaptée et une vigilance soutenue
    • Allouer des fonds et budgets suffisants pour mobiliser et accompagner les citoyens, afin d’instaurer et renforcer une culture de propreté, de tri et de valorisation des déchets, dans le cadre de projets contractuels avec les collectivités territoriales, les associations de la société civile et les médias, à condition de se baser sur des indicateurs de suivi et évaluation clairs, univoques et précis
    • Instaurer le principe de la responsabilité élargie des producteurs (REP)
    • Encourager la compétitivité entre quartiers de la ville dans le domaine de la propreté et l’embellissement et la mise en place du système de tri et valorisation des déchets, à travers l’organisation de concours et forums nationaux avec allocution de prix valeureux aux initiatives réussies et exemplaires
    • Encourager et valoriser les projets et initiatives phares et pertinents de la société civile dans le domaine d’instauration du tri et valorisation des déchets et les adopter et les généraliser
    • Faire du forum des déchets en cours de préparation un moyen d’ouvrir le débat, le partage et la valorisation d’expériences

La cérémonie de clôture des journées de capitalisation du projet a été présidée par Madame la Ministre Nezha El Ouafi, qui a tenu à féliciter l’association pour la réussite de ce projet, dont son comité de pilotage a été coordonné et porté par l’équipe dynamique du secrétariat d’Etat chargé du Développement Durable, dans le cadre d’un partenariat exemplaire entre les différents acteurs qui ont contribué à l’obtention de ces résultats. Elle a ainsi saisi l’occasion pour présenter quelques éléments sur l’état d’avancement de mise en œuvre du PNDM, à savoir la réalisation de 25 décharges contrôlées dont 4 Centres d’Enfouissement et de Valorisation (CEV) et le développement de la valorisation qui atteindra le taux de 20% à l’horizon 2022.

De même, Mme El Ouafi a exposé la nouvelle approche de ce programme, qui s’étalera sur la période 2018-2022, afin d’accélérer le rythme de réalisation. C’est ainsi que les 22 décharges contrôlées évolueront en Centres de Tri et de Valorisation (CEV) avec l’intégration de la main d’œuvre (environ 1000 personnes), outre la réalisation de 25 nouveaux CEV à l’horizon 2022 ainsi que l’appui technique et l’accompagnement des Collectivités Territoriales pour la mise en œuvre des projets programmés aussi bien en matière de réhabilitation des décharges sauvages que de mise en place de CEV.